Neurosciences et Astronomie

3 Avr 2018 | 0 commentaires

Sciences Humaines

Cela m’a soudainement frappé : ce petit pois, joli et bleu, c’était la Terre. J’ai tendu mon pouce, fermé un œil : mon pouce masquait la Terre. Je ne me suis pas senti géant. Je me suis senti petit, tout petit.”
Neil Armstrong, premier homme à avoir marché sur la Lune en 1969

C’est ainsi que Neil Armstrong a exprimé (en partie) l’effet ressenti à la vision de la Terre depuis la Lune. A sa suite, plusieurs autres spationautes confieront avoir vécu une expérience similaire à la contemplation de notre Terre vue de l’espace.

Cette expérience porte un nom : l’Effet Overview ou “Effet de vue d’ensemble”.

Ce terme imaginé en 1987 par Frank White, ancien pilote et auteur du livre “Overview Effect-Space Exploration and Human Evolution“, retranscrit le témoignage de spationautes  dont la vision globale de notre planète en a modifié les rapports. Ainsi, l’Effet overview provoquerait un sentiment profond de distanciation, de recul sur soi, induisant cette mise en perspective de nos liens aux  autres et au monde. Loin de sortir du néant, la réflexion liée à l’effet produit par l’image de cette Terre isolée dans l’espace semble bien plus ancien que l’avènement de la photographie spatiale et des premières missions Apollo.

Le philosophe Socrate écrivait déjà vers 470-399 av J.C :

“Si quelqu’un pouvait arriver en haut de l’air, ou s’y envoler sur des ailes, il serait comme les poissons de chez nous qui, en levant la tête hors de la mer, voient notre monde ; il pourrait lui aussi, en levant la tête, se donner le spectacle du monde supérieur; et si la nature lui avait donné la force de soutenir cette contemplation, il reconnaîtrait que c’est là le véritable ciel, la vraie lumière et la véritable terre.”
Socrate

Tandis que  l’Astronome britannique Sir Fred Hoyle affirmait en 1948 :
“Lorsqu’une photo de la Terre, prise depuis l’espace, sera disponible, nous allons acquérir, émotionnellement, une dimension supplémentaire. Lorsque le profond isolement de la Terre deviendra évident pour chaque homme, indépendamment de sa nationalité et de ses croyances alors, une nouvelle idée, plus puissante que toute idée jamais formulée dans l’histoire verra le jour.”
Sir Fred Hoyle

Mais concrètement qu’est-ce que l’effet overview ? En psychologie, l’Effet overview s’apparente à une forme de  choc émotionnel, résultat simultané du contexte (exposition à la beauté de la Terre, sa vision qui apparaît globale …), de l’émotion ressentie (l’euphorie, la stupeur, l’espoir, l’admiration, une peur profonde, l’isolement…), des sensations (absence de gravité, silence…). Cette expérience singulière durant laquelle le cerveau se trouve obligé d’ajuster l’image qu’il se fait de la réalité, modifierait donc le champ de la conscience, en partie par la tentative d’y apporter du sens.

Physiologiquement aussi le corps se modifierait. C’est ce que démontrerait une étude sur l’impact des émotions dites positives sur notre organisme, en particulier l’émotion suscitée par l’émerveillement. Car c’est bien de quoi il s’agit, ou du moins ce qui s’en approche le plus. L’émerveillement jouerait donc un rôle sur la présence d’une protéine dans le corps, l’IL6, produite par le système immunitaire et responsable entre autre d’inflammations articulaires.

Dans cette étude publiée dans la revue “Emotion”, le professeur Dacher Keltner, de l’université de Berkeley, stipule que face à l’émerveillement le taux d’IL6 apparaît beaucoup plus bas, notamment chez des sujets en ayant fait l’expérience récurrente (1 à 3 fois) au cours de la semaine. Et de conclure que vivre des expériences à couper le souffle, s’émerveiller, permettrait de rester en bonne santé.

Rester en bonne santé mais éveiller sa conscience écologique, interrelationnelle… dixit l’Effet overview de nos spationautes.

Si la seule contemplation de notre planète peut modifier les consciences, ne pourrait-on étendre ce changement de perspective au plus grand nombre ? C’est le postulat dont a voulu se saisir l’Overview Institut composé de membres issus du domaine spatial, des sciences cognitives et des hautes-technologies, par la poursuite des recherches de Frank White sur l’impact du voyage spatial. Dans la même dynamique, la société Blueturn propose une vidéo gratuite de la Terre vue de l’Espace dans l’idée de reproduire l’expérience Overview.

Habitué à la technologie par laquelle nous sont proposées certaines expériences par écrans interposés, l’Effet Overview n’y échappe donc pas.

Mais peut-on réellement vivre cette expérience sans ce sentiment d’euphorie, d’admiration dans la sécurité de son foyer et le confort de son canapé ? Frank White lui-même le reconnait, bien que les photos et autres expériences soient intéressantes, elles ne constituent pas en elles-mêmes d’Effet overview.

L’Effet overview,  ou le sentiment d’émerveillement, ne peut’il être séparé de l’expérience elle-même, ancrée dans l’essence du lieu, des sensations et des personnes avec qui la partager ?

C’est ce que l’Astronomie nous amène à percevoir lorsque l’œil dans notre oculaire, ou simplement dirigé vers les étoiles du ciel, nous émerveille à l’idée que ces photons émis par ces étoiles il y a plusieurs centaines d’années, arrivent en direct à cet instant à nos yeux.

Début d’Effet overview ?

Mélissa Abes

Références :

  • L’effect Overview” : Article en ligne sur le site web “Dans la Lune”, membre du collectif “Le café des Sciences”.
  • Vu de l’espace. Comptempler la terre depuis l’espace modifie la conscience et l’empathie de ceux qui ont la chance de vivre cette expérience, petit tour d’horizon” : Article papier de Flow Magazine (février/mars 2019) écrit par Otje Van Der Lelij et Sabine Laguionie.
  • Positive affect and markers of inflammation: discrete positive emotions predict lower levels of inflammatory cytokines” : article publié dans la revue à Comité de lecture “Emotion”, par (entre autres) Dacher Keltner professeur de psychologie à l’Université de Californie à Berkeley, principal auteur de l’étude.
  • The Overview effect : Space Exploration and Human Evolution“, Livre écrit par Frank White (1987).

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