Déséduquer le regard

7 Sep 2020 | 0 commentaires

Accueil / Pédagogie / Déséduquer le regard

Lundi, au petit matin d’un jour de septembre au ciel chargé de pluie, je referme les pages du livre d’Anthony Galluzo, “La Fabrique du consommateur. Une histoire de la société marchande”, aux éditions “Zones”.

L’esprit à la réflexion, je ne peux m’empêcher de savoir que oui, nous vivons dans une société marchande où la distance entre les biens et nous-mêmes se raccourcie de plus en plus. Loin de nous satisfaire, elle augmente au contraire le désir et l’impatience. Les progrès de la mobilité marchande comme le fait qu’un bien puisse être commandé et livré en moins de 48h, nous apparait terriblement normal. La vitesse n’érode pas notre désir; elle l’intensifie.

Dans cette société marchande, le temps et la distance s’annihilent ainsi que notre rapport à la marchandise. Nous ne sommes pas encore suffisamment conscients des processus productifs, et cette invisibilisation nous place davantage comme spectateur de notre propre consommation que comme acteur. Ce déséquilibre dans notre rapport au monde marchand, et par extension à la société qui nous environne, nous rend perméable aux discours mediatico-marchands. Ce discours tend depuis le XIXé siècle à faciliter la circulation et la consommation des biens en alimentant des visions du monde uniformes, standardisées, normées…

Mais je constate que l’Astronomie, lorsqu’elle s’associe à l’Anthropologie et à la Littérature Orale, est disruptive. C’est-à-dire qu’elle donne à voir une autre vision du monde, qui n’est plus subordonnée à la société marchande et à une version ethnocentrée de celle-ci.

Les étoiles, nébuleuses, galaxies, observées dans les télescopes, ont cette faculté de nous donner le vertige à la fois par la distance et le temps qui nous en sépare. En cela, elles réinscrivent ces données dans un autre paradigme qui se trouve en dehors du champ de notre société de consommation; un champ dans lequel distance et temps ne s’annihilent plus de façon exponentielle. A l’échelle de l’univers, notre histoire, celle de l’humanité a commencé…hier !

C’est pourquoi l’Astronomie questionne le sens que nous donnons à notre environnement direct et indirect. Elle nous place dans un rapport plus juste, désolidarisé d’une construction artificielle et consommable, et ce malgré que la logique marchande tente de s’y engouffrer.

Notre patrimoine céleste nous apprend que l’Anthropologie n’est pas uniforme. Il n’est donc ni égal, ni constant d’une société humaine à une autre. Est-il universel ? Il le devrait, non pas comme une valeur qui embrasserait la totalité des êtres et des choses pour reprendre la définition du Larousse, mais comme un acte de résistance, une action qui nous implique et affiche le refus de  la conformité et de la linéarité que nous vivons quotidiennement.

Déséduquer notre regard, au cœur du riche répertoire de la Littérature Orale, c’est ouvrir le sens, c’est voir au-delà du social, au-delà de la norme.

Et pour un lundi, au petit matin d’un jour de septembre au ciel chargé de pluie, c’est se dire en refermant les pages du livre d’Anthony Galluzo, “La Fabrique du consommateur. Une histoire de la société marchande”, aux éditions “Zones”, qu’il est encore temps d’ouvrir grand les yeux.

Pour aller plus loin, je ne peux que conseiller le livre d’Anthony Galluzo, livre accessible et d’une grande clarté, qui nous plonge dans l’histoire, très bien décrite de la société marchande. Retranscrite de façon factuelle sans prise de position et étayée de nombreuses sources, “La Fabrique du consommateur”, n’en ai pas moins percutante.

Crédit photo : Julien Devron

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *